Une randonnée, ou plutôt, une grande ballade de presque 200 km, pour réaliser un rêve, permettre un transfert de compétence entre mes chevaux, vivre un truc unique, partager avec mes amies et ma famille, rencontrer des gens de chevaux, réfléchir à ce que pourrait être Femme de cheval, voir de beaux paysages, faire du sport, muscler les chevaux avant l’hiver, passer du temps tous les trois … Voici les détails pratiques et les conséquences personnelles …
LE CHEMIN
Franchement, c’est beau. C’est déjà beau de la route, mais vu du chemin, c’est autre chose.
Mon tracé était bon mais j’ai eu deux difficultés.
La première, en descendant du plateau vers Labastide Pradines : pour passer au-dessus de l’autoroute vers les éoliennes, il faut prendre un autre chemin car celui-ci est clôturé juste au pied des éoliennes.
La seconde, après Mazars, au-dessus de Pont de Grandfuel : le chemin est largement repris par la végétation, si bien que j’ai dû sortir la scie et le sécateur et le ré-ouvrir. D’ailleurs, je n’ai pas vraiment suivi sa trace et fait un peu de hors piste.
Le dénivelé est bien passé mais nous progressions très lentement, au pas uniquement, à environ 4 km à l’heure. Avec 23 km maximum et 9 km minimum, on peut prendre le temps.
Il faut aimer les cailloux. Je pensais n’en trouver que vers le Larzac, mais, il y en a eu jusqu’au bout avec des moments de répis. A pied, j’ai tout passé facilement, même la grande descente de Saint Paul des Fonts.
Sur le Rougier, le chemin est souvent en crête et il est somptueux.
Le pire moment a été la descente vers Broquiès (200 m sur 2 km). Pas si difficile, à priori, mais avec les premiers jours dans les pattes, c’était pas drôle. Derrière, ça remonte bien jusqu’aux éoliennes et là … éoliennes = vent !
Les chemins du Tour des Monts et Lacs du Lévézou sont très bien entretenus et avec une signalétique à jour.
LES CHEVAUX
Maya a 22 ans cette année. Elle est déférée depuis nos 10 ans de vie commune. J’ai décidé de la ferrer pour ces quinze jours car elle n’a jamais été bien à l’aise et là, je vais lui demander un peu plus. Elle a de l’arthrose un peu partout. En randonnée, elle sait tout faire. Ce devait être la jument de bât.
Hélios a 5 ans cette année. Il part avec 4 Scootboots dont 2 arrières avec des languettes (j’ai remis un coup de rainette deux fois). Il manque de muscle et d’expérience. Ce devait être le cheval monté.
Finalement, le dos d’Hélios ayant pâti dès les premiers jours, il a finalement pris avec beaucoup de sérieux le rôle de cheval de bât. Maya est tellement faite pour moi que ça a été un régal de la monter.
J’ai fait suivre ma voiture tous les trois jours car je transportais leur ration (Happi). 300 g, en un repas par jour, et par cheval au début. 500 g en deux repas, à la fin.
Il a fait parfois chaud mais on trouvait assez d’eau sur le chemin pour le confort de tous.
En revanche, ça manquait cruellement d’herbe jusqu’à Salmiech. Et une fois, du fait de la sécheresse estivale, ça manquait aussi de foin.
Ils sont rentrés sans blessure de harnachement, sans problème tendineux ou autre.
L ÉQUIPEMENT DES CHEVAUX
Hormis la question des pieds des chevaux, j’ai 2 selles (Wintec Pro Endurance) dont 1 avec un pont (GM Compiègne). Bagagerie faite maison : 2 fontes avant et 2 grandes sacoches, avec 4 points d’attache, qui s’installent à la place du cavalier. Des sacoches arrières. 1 porte-carte. 2 gilets jaune. 2 ponchos qui servent à bâcher en cas de pluie.
Pour les deux premiers jours où nous étions deux cavalières, on ajoute une paire de sacoches arrière et de fontes et on retire les grandes sacoches.
Pour les têtes des chevaux, 2 bonnets anti-mouches, 2 licols éthologiques. Hélios est en hackamore, Maya en mors de poulain. 1 longe de 3,50 m pour le cheval de dextre.
Avec un début de blessure au passage de sangle de Maya, j’ai échangé les sangles (Gaston Mercier et sangle en coton) et plus aucun souci.
Avec un début de blessure sur un glome, j’ai retiré la languette sur la Scootboot pour les trois derniers jours car il y a avait moins de cailloux, et plus aucun souci.
DANS LES SACOCHES
Duvet (qui n’aurait pas été nécessaire et c’est bien dommage de le transporter pour rien) et affaires de toilette (dentifrice en pastille et un savon).
Habits : 1 legging, 1 tshirt manche courte, 1 doudoune duvet sans manches, 1 anorak léger mais efficace (conçu pour la voile), sous-vêtements, de très bonnes chaussettes de rando, 1 robe longue très légère pour être à l’aise, des croks pour le soir.
Pharmacie : biafine, végébom, désinfectant, bande, crème solaire, sérum physiologique, crème contre les coups, doliprane.
Matériel : ficelle, corde de 20 m fine, jumelles, scie, sécateur, 1 peson, 1 batterie de téléphone, cartes IGN, boussole, un dispositif clignotant de sécurité, kit réparation de ScootBoots, 1 râpe, fil-aiguille à cuir-morceau de mouton, 2ème paire de lunettes (et oui), chargeur téléphone et cigarette électronique, tabac à rouler (et oui), e-liquide, 2ème téléphone (à quand même …).
MON ÉQUIPEMENT
De très bonnes chaussures de marche qui rentrent dans les étriers. Des gants. 1 gilet à poches. 1 bandana. 1 casque. 1 stick équipée de 2 clochettes (pour annoncer ma présence aux chiens de ferme et faire peur aux chasseurs). 1 téléphone GPS (CrossCall Action3). 1 opinel. 1 gilet rose. 1 cigarette électronique.
Je suis rentrée en pleine forme, très bronzée, bien musclée, affamée, mais sans blessure, sans problème physique.
LES REPAS
Les hébergements proposent le dîner et le petit-déjeuner ou donnent accès à une cuisine. Pour manger, je transporte du café et des filtres, des gâteaux secs, des fruits secs, des graines, des barres de céréales, de la tapenade, des Wasa, du riz en sachet pour une personne, des boîtes de thon à la tomate. Pour le déjeuner, je ne fais pas de vraie pause, je mange debout en 10 minutes. En revanche, lors de petites pauses, je prends des fruits secs si j’ai faim.
LES HÉBERGEMENTS
Tous les hébergements étaient corrects avec plus ou moins de confort selon le tarif. La plupart du temps, pas de coût supplémentaire pour les chevaux. En moyenne 50 € pour la nuit.
A Millau, les chevaux ont dormi au Country Club Country Club à Millau et moi au Club Hericlea
Chevaux du Rajal à Labastide Pradines
Roulottes d’Alcas à St Jean d’Alcas (pas complètement au point sur l’accueil des chevaux)
Carrière Escure à Sylvanès Spéciale dédicace à Elodie qui m’a bien dépannée.
Poneys de Patchanka à Camarès Spéciale dédicace à Amandine qui m’a bien dépannée.
Ferme équestre du Griou à Calmels et le Viala
Gîte de Peyrebrune à Alrance (gîte : 06.35.46.19.45). Les chevaux ont dormi dans le rond de longe de la tour. J’ai amené (et porté jusqu’en haut des escaliers) le foin et l’eau. Laborieux mais ça vaut le coup.
Hébergement perso à Manhac
Centre équestre du Moulinou à Gramond
LA PREPARATION
Longue … presque un an. Mais faut dire que j’aime ça aussi.
Le tracé définitif a pris beaucoup de temps à se stabiliser. Principalement car au départ, je ne pensais pas faire halte dans des écuries. En fait, ça facilite vraiment la vie d’avoir à faire à des gens qui connaissent les chevaux. Hélios sortait pour la première fois. Je ne pouvais anticiper son comportement avec des clôtures peu fiables ou attaché à un arbre pour la nuit.
Après avoir fait des recherches et sollicité des randonneurs, booké les hébergements, j’ai préparé ma trace sur VisoRando. Puis, sur les cartes IGN, j’ai reporté des tracés alternatifs. Je ne me suis pas servi des cartes papier sur le chemin mais c’est pratique pour discuter, avec les gens du coin, du meilleur circuit pour le lendemain.
Avec les chevaux, en dextre ou seuls, j’ai fait une centaine de kilomètres entre juin et juillet. En juillet, j’ai enchaîné des balades de 20 km, puis 15 le lendemain, puis 10 le surlendemain. J’ai aussi enchaîné des balades à 20 km sur deux jours, sur des chemins que je ne connaissais pas. Il s’agissait aussi de tester le matériel (GPS, sacoches, chaussures, ScootBoots, selles, …).
En avril, j’ai été voir tous les hébergements prévus et j’en ai changé plusieurs. Je voulais dormir proche des chevaux et avoir du confort (exit les campings).
Pour la bagagerie, j’ai fait mes sacoches sur un modèle inventé par moi-même , avec 4 points d’attache. Les fontes ont été reprises d’un modèle qu’on m’a prêté. Je les trouvais très grandes mais, au final, elles étaient parfaites.
Il a fallu aussi prévoir le rapatriement de la voiture tous les trois jours. Elle contenait, à peu près, tout en double, des rechanges, mais, surtout, le sac de ration. A chaque fois que je la récupérais, j’ai refait intégralement le paquetage.
J’ai proposé à des amis et de la famille de me rejoindre pour les soirées et acheminer la voiture. Il a donc fallu vérifier qui venait, quand, où. Envoyer les coordonnées, expliquer où récupérer la voiture.
C’était un peu laborieux mais je ne regrette pas le temps passé car, au final, tout était parfait.
A refaire, je serai plus efficace sur le tracé. Je commencerai par définir les écuries et chercherai ensuite les chemins.
LES PENSÉES
Sur le chemin, j’ai pas vraiment pensé. C’était beau. Il y avait pas mal de choses à faire. J’étais, surtout les premiers jours, très heureuse. Portée par une douce énergie et complètement remplie de bonheur. Tout m’apparaissait parfait et émouvant. C’était très agréable à vivre.
Le bout de Larzac que nous avons traversé m’a beaucoup émue. Je voulais vivre ça depuis si longtemps. Et, une fois là, tout était encore plus beau. Idem sur le Rougier.
A chaque étape, il faut s’adapter aux lieux et aux personnes qui vous accueillent. Descendre de son nuage et revenir à la civilisation. C’était pas compliqué. En fait, j’étais dans un certain détachement, de passage, dans mon truc.
Les professionnels qui m’ont accueillis ont été plus ou moins disponibles. J’aime découvrir de nouvelles écuries, des élevages, des centres équestres. Voir comment les gens organisent les infrastructures. Écouter ce qu’ils ont à dire sur leur métier, leurs chevaux.
Avec les chevaux, je me sentais comme avec ma famille. Chacun son rôle, chacun se gère. On se marre. On se dit qu’on s’aime et que c’est chouette d’être là. On se tait et on marche. On s’encourage.
La famille et les amies qui m’ont rejoint ont été la cerise sur le gâteau. Partager ce moment, si important à mes yeux, et sentir qu’ils comprennent vraiment, ça fait du bien.
De Millau à Gramond, j’ai traversé ou fait étape, dans des endroits qui comptent beaucoup pour moi. Certains me rappellent des proches qui ne sont plus de ce monde, d’autres de franches rigolades d’adolescente, d’autres m’ont juste longtemps fait rêver.
Pour mes cinquante ans, j’avais besoin de passer par là.
LES REVELATIONS
Il y en a eu plusieurs :
- Maya est un cadeau du ciel. Je la voyais déjà en pré-retraite. Elle a été si parfaite que j’ai revu mon jugement. J’ai beaucoup de chance de vivre aux côtés de cette merveilleuse petite jument. En perspective, plein de balades au pas, tranquilles.
- Hélios aura besoin d’autre chose que ce que je peux lui offrir. Il me semble câblé pour faire des trucs plus olé-olé que des balades à 4 km/h. C’est un bon, gentil et beau cheval. Il s’est bien développé pendant les 10 jours. Il aura besoin d’évoluer une fois sa croissance aboutie.
- Mais en fait, je suis en forme quand même. M’enquiller des dénivelés costauds. Gérer les chevaux. Boire des coups le soir. Pas de souci, j’assume et j’enchaîne.
- Mon kiff, c’est vraiment les balades à pied et au pas.
- Je l’ai fait ! C’était un rêve qui me semblait irréalisable : trop cher, trop dangereux, trop difficile, trop fatigant. En vrai, ce que j’ai vécu, c’était mieux que mon rêve. C’était comme je voulais. Tranquille, calme, facile.
- Femme de cheval : je vais faire un site et un podcast pour rendre hommage aux femmes que je croise dans les écuries, les élevages, sur les chemins, et qui ne sont jamais mises à l’honneur. Ces femmes me touchent. Elles méritent d’être connues et soutenues.
